La question de la dette publique va prendre une
importance capitale dans la campagne présidentielle. Qui veut faire
payer la dette aux travailleurs, qui veut la faire payer en prenant sur
les profits, qui demande son annulation ? Petit tour d'horizons des
différents candidats à la présidentielle - en s'appuyant sur les
éléments de programme en ligne sur les sites de campagne
principalement, parfois aussi sur le site de l'organisation ou sur des
déclarations publiques - sur ce point qui révèle bien des choses. En
effet, l'appréciation de la dette publique et de ce qu'il faut en faire
est souvent révélatrice de choses bien plus profondes chez les
politiques, cette question est traversée par les différents profils,
solutions de repli nationaliste, solutions de soumission aux intérêts
de la bourgeoisie, logique de rupture... Afin d'organiser un peu
l'analyse, les différents candidats sont rangés par grandes catégories
liée à leurs réponses à la dette, cela ne signifie évidemment pas qu'au
sein d'une même catégorie, leurs partis soient tous à mettre dans le
même sac.
Ceux qui veulent clairement faire payer la dette aux travailleurs.
Sarkozy : Nicolas Sarkozy n'a pas de programme
présidentiel, puisqu'il n'est officiellement pas candidat. L'UMP n'a
pas non plus de programme, puisqu'ils n'ont pas désigné de candidat. En
même temps, l'avantage avec eux, c'est qu'ils sont au pouvoir, pas
besoin donc de trouver un programme, on voit ce qu'ils font
quotidiennement. Sarkozy veut rembourser la dette, et compte bien
mettre les travailleurs à contribution comme il le fait actuellement.
Les attaques se font sur tous les fronts pour faire raquer les classes
populaires. Sarkozy baisse nos salaires et a prévu de continuer. En
effet quand il casse les retraites, cela signifie qu'il faut travailler
plus pour gagner moins, quand il s'attaque à la sécu, on est dans la
même logique. La casse des services publics est aussi une façon de
s'attaquer à ceux qui n'ont pas les moyens de vivre autrement, de se
soigner, se déplacer, communiquer, étudier, se chauffer, se loger… La
fiscalité chez lui ne sert pas à répartir plus égalitairement les
richesses mais à aider les patrons et les riches (selon le rapport du
député UMP Gilles Carrez, on perçoit environ 100 à 120 Md de recettes
fiscales par an de moins qu'il y a 20 ans, l'impôt sur le revenu est
moins progressif du fait de la diminution du nombre de tranche, (13 à
5), la tranche supérieure est moins taxée (passée de 60% à 41%),
l'impôt sur les sociétés a été diminué (de 50% à 33%) et les grosses
entreprises payent en général de 0 à 13% du fait des exonérations) au
détriment des travailleurs (l'augmentation de la TVA ne peut en aucun cas être sociale, les plus pauvres consommant tout leur argent sont taxés sur l'ensemble du revenu (la TVA
représente 11,2% du budget des 10% des français les plus pauvres),
tandis que les plus riches évitent les taxes sur une partie de leurs
revenus grâce à l'épargne (la TVA
représente 6% du budget des 10% des français les plus riches)). Cette
question d'imposition est capitale car, selon le rapport Champsaur, le
dumping social qui a commencé en France au moment du tournant de la
rigueur
en 1983, est responsable de 20 points de dette (dit autrement, si on
avait gardé les taux d'imposition de l'époque, la dette serait de 67% du
PIB et non 87%, déjà plus proche des objectifs du traité de Maastricht
qui sont de 67%). Sarkozy, c'est aussi la casse de tous nos acquis, du
code du travail de
tout ce qui peut nous servir de point d'appui pour nous battre et nous
défendre. Avec Sarkozy le principe est simple, plus de misère et
d'exploitation pour les classes laborieuses, mais une dette qui
continue à grimper et qu'on continue donc à payer de plus en plus.
Derrière lui, il y a une myriade de candidats de droite qui ont le même projet que lui on ne s'étendra donc pas outre mesure.
Bayrou : Chez Bayrou, c'est assumé, en fait, c'est même
lui le vrai M. austérité, depuis toujours avant tout le monde. Il faut
à tout prix résorber le déficit pour pouvoir résorber la dette et ce ne
sera facile pour personne (enfin, surtout pour les exploités !). La
seule chose qui pourrait paraître positive (mais il n'est pas un
candidat qui n'essaye pas de faire croire à une coloration sociale, la
période exige cette démagogie), c'est l'ajout d'une tranche à l'impôt
sur le revenu, qui serait de nouveau un petit peu plus progressif (on
passerait donc de 5 à 6 … contre 13 avant !). Mais sinon, les mesures
antisociales sont les mêmes que celles du président en exercice, +2 pts
de TVA, économiser 15 Md sur la sécu (retraites et assurance maladie)
et les budgets sociaux, réduction des dépenses de l'Etat et des
Collectivités territoriales (ce qui implique de facto réduction de la
masse salariale, réduction des missions de service public) …
Villepin : Galouzeau, depuis qu'il n'est plus au pouvoir,
tout le monde sait qu'il est devenu social, solidaire et anti
sarkoziste. Alors, c'est logique que lui ne saute pas sur le prétexte
de la dette pour faire raquer la population, d'ailleurs quand on
regarde le projet en 20 points de "République Solidaire", le mot dette
n'apparaît pas une seule fois. Il faut donc gratter un peu, pour
regarder sous ce masque électoraliste. On trouve dans la partie sur le
financement du projet, un volet sur la réduction des déficits publics,
on peut toujours se jouer des mots, mais il s'agit donc bien de la
résorption de la dette. Pour autant, cela ne permet pas automatiquement
de le classer avec ses amis de droite. On voit en effet dans ses
propositions l'augmentation de la progressivité de l'impôt sur le
revenu et l'augmentation de l'impôt sur les grandes entreprises.
Serait-il donc vraiment tomber dans le camp des réformistes sociaux qui
veulent taxer le capital ? Non, non, qu'on se rassure, plus loin on
trouve comme mesure l'augmentation de la TVA et de la CSG,
ou encore la limitation des droits au chômage. Ce serait donc un
centriste, qui voudrait mêler des mesures justes et des mesures
antisociales ? Heureusement Villepin nous donne des chiffres, et on se
rend compte que ceux qui paieront vraiment ne sont pas les riches et
les grands patrons (les deux 1ères mesures sus-citées, rapporteraient
28 Md d'euros) mais bien M. et Mme tout le monde (les 3 mesures
suivantes que j'ai citées, qui attaquent directement le monde du
travail rapporteraient elles 45 Md d'euros annuels). Évidemment, si Sarkozy est
son ennemi, il n'est pour autant pas question de revenir ou de cesser
toutes les contre-réformes de celui-ci (santé, retraites, exonérations
multiples…).
Morin : Morin, c'est simple, c'est un ministre du
gouvernement UMP, il s'inscrit donc dans la droite ligne de ceux-ci
(sauf qu'il voudrait être le grand chef), on ne détaillera donc pas :
2/3 des économies doivent être faites sur les dépenses (poursuite de la RGPP et de la casse des services-publics, diminution de la dotation des Collectivités Territoriales…), augmentation de la TVA…
Boutin : Pour Boutin, c'est simple aussi, son programme
réactionnaire et antisocial ne nécessite pas de décryptage mais une
simple lecture : règle d'or (axer les économies sur les dépenses de l'Etat
et des Collectivités Territoriales), baisser les revenus sociaux (400€
par adultes, 200€ par enfants pour tous en échange de la suppression de
toutes les allocs, tout le monde aura le droit de vivre… sous le seuil
de pauvreté), diminuer la progressivité de l'impôt sur le revenu…
Le Pen : Mais que fait-elle là, la Marine ?
J'aurais oublié de prendre en compte la révolution qu'elle a imposée à
son parti ? Je n'aurais pas entendu qu'elle faisait campagne pour les
petits, pour les invisibles ? Si, si. Mais je me base sur les
programmes, pas sur les déclarations. Pour Marine Le Pen, il n'est pas
plus question que pour ses petits copains de manquer au remboursement
de la dette, au contraire, il s'agirait là d'un "péril national". Quand
on regarde ces solutions pour payer la dette, la première chose qui
frappe, n'est pourtant pas la volonté de faire payer les travailleurs
mais bien l'absence complète de réalisme économique, on fait des
économies avec ce programme en réduisant drastiquement des recettes,
par exemple avec le contrôle de l'immigration, mais si Marine sait
expliquer les dépenses engagées pour les immigrés (services publics,
allocs…), elle semble ne pas savoir que les recettes sont bien plus
grandes, que les immigrés paient des impôts sur le revenu, qu'ils
payent la TVA,
qu'ils abondent les caisses de la sécu… On aurait donc pu faire une
case spéciale pour le front national, celle de ceux qui racontent
n'importe quoi, mêlent les fausses économies (limitation de
l'immigration, arrêter de payer les cotisations à l'UE…), les mesures
faussement positives comme le retour du prêt par les banques centrales
(on y reviendra), et les grandes déclarations creuses. Mais ce serait
justement tomber dans le panneau, céder au fouillis et à l'incohérence
du programme pour en déduire qu'il n'y a pas de politique de classe
chez eux. Pourtant si on regarde les dynamiques, il n'y a pas photo.
Quand il s'agit de taxer les gros (en introduction de la présentation
du financement de son projet, MLP dénonce les dénonce cadeaux fiscaux
aux sociétés et aux plus riches) on ne trouve aucune mesures derrière
(pas un impôt supplémentaire, tout juste une vague histoire de
prélèvement sur les grandes sociétés qui serait rétrocédé par la suite)
ni quand il s'agit d'aider les petits (MLP affirme vouloir augmenter
les petits salaires de 200€, mais quand on regarde dans le détail, on
ne trouve finalement pas de telles mesures, mais bien un nouvel
allègement de charges aux patrons pour les inciter à…). Dans le
programme de la fille Le Pen, on est fidèle aux valeurs du parti. Pour
éviter que les PME paient plus d'impôts sur les sociétés que les gros
on leur créé un taux d'imposition plus faible mais on n'augmente pas
celui des gros (du moins que de 1%, ce qui signifie que
l'ensemble du gain serait affecté aux petits patrons, rien aux
travailleurs ni à la dette, et surtout, on touche au taux nominal qui
passe de 33 à 34%, mais rien n'est prévu pour aligner le taux réel sur
le taux nominal [= officiel], pour supprimer toutes les règles étranges
qui fait que les entreprises du CAC 40 paient en moyenne 8% contre
malgré un taux nominal de 33%, vraisemblablement, l'impôt sur les
grosses sociétés ne baisserait donc pas réellement et, du fait de la
baisse sur les PME, l'impôt sur les sociétés rapporterait encore moins).
On se plaint des grandes fortunes (les
grandes fortunes, elle connaît Marine, elle qui vit dans son manoir à
Saint-Cloud, qui a toujours eu du personnel de maison et qui était
payée 30000 francs par mois pour un deux-tiers temps quand il a fallu
commencer à bosser, pour le parti à papa, papa qui est
multimillionnaire depuis quelques juteux héritages juste un peu
douteux), mais il est en fait hors de question de rehausser l'impôt sur
la fortune ("L’ISF est donc intégré à cet impôt unique et correspond à
une surtaxe respectant les mêmes taux qu’aujourd’hui"). Il est par
contre question de rehausser une part de la TVA
(sur les produits de luxe, histoire d'être sûr que les pauvres ne
puissent vraiment pas s'en offrir même très épisodiquement). Puisqu'au
final on ne touche ni aux grandes fortunes ni aux grosses sociétés, il
ne reste pour payer la dette que la poudre de perlimpinpin et les
classes populaires, au premier chef les étrangers (qui n'auraient plus
le droit aux minimas sociaux) les autres derrière. L'aspect repli
chauvin et nationaliste du projet du Front-National ne peut se faire
qu'au détriment des classes populaires, il s'agit en fait de ranger les
gentils travailleurs français derrière les gentils patrons industriels
français pour lutter contre les méchants étrangers, travailleurs ou
patrons, dans les faits, la division de la classe ouvrière ne peut
profiter qu'à la grande bourgeoisie. La défense des services publics
fait partie du programme de Marine Le Pen, mais dans le même temps elle
annonce baisser les budgets des conseils régionaux et généraux, dont
les compétences ne sont rien de moins que l'action sociale,
l'éducation, la voirie… Il s'agit en réalité d'une casse des services
publics locaux. Quand on se rappelle que Marine Le Pen exhortait
Sarkozy à envoyer l'armée sur les grévistes durant le mouvement des
retraites, on sait de toute façon que les travailleurs ne risqueront
pas de réclamer grand-chose sous son régime. Le programme économique de
Le Pen pour payer la dette, c'est le même que celui de Sarkozy, en
ajoutant encore une pincée de populisme et de démagogie, de racisme et
d'autoritarisme (si, si c'est possible) et en mettant un glaçage
chauvin sauce n'importe quoi.
Hollande : Mais que fait le candidat du parti
socialiste au milieu de tous ces gens de droite ? Et bien demandez-le
lui, pourquoi dit-il comme la droite ? En parlant de "dire comme la
droite", c'est une chose que j'évite, et une des rares occasions où je
ménage le PS, c'est pour éviter de tirer dessus avec la droite.
Pourtant, l'accusation de la droite selon laquelle Hollande n'aurait
aucune base claire de programme est une évidence quand on fouille la
toile (cependant, l'UMP n'a rien à dire vu qu'elle fait pire sous
prétexte de n'avoir pas de candidat officiel). On se contente donc des
quelques phrases lâchées à la presse, des éléments de programme adopté
par le PS avant les primaires, ou de ceux qu'on trouve sur le site
françoishollande.fr. La première évidence, c'est que pour Hollande
comme pour la droite, payer la dette, passer sous les 3% de déficit
(pour 2013) et le supprimer totalement (pour 2017), sont des priorités
absolues. Mais comment payer cette dette, par qui ? Hollande fait un
peu comme Villepin, il laisse entendre qu'il fera payer les riches,
porter "le sacrifice sur ceux qui sont le plus capables de le
supporter : les revenus les plus élevés", il demande "de la justice
pour résorber la dette". On pourrait donc le voir dans la catégorie
suivante, sauf que quand on cherche les mesures concrètes, il n'est pas
question d'empêcher les travailleurs de payer la dette, juste de mettre
un peu les riches à contribution pour inciter les classes populaires à
raquer "Elle exigera un effort, il ne sera consenti que s’il s’établit
dans la justice (...) si les puissants échappent par mille biais aux
contributions communes, alors les Français auront raison de refuser de
participer au redressement". Dans les faits, il soutient l'idée que les
travailleurs doivent payer pour cette dette dont il ne sont pourtant
pas responsables, il est donc logique qu'il soit pour les 41 années de
cotisations pour la retraite et un paquet "d'efforts" pour les
travailleurs. Il le dit lui même, il est pour "la rigueur juste",
formule qui n'est pas sans rappeler "l'austérité juste" du conservateur
David Cameron et qui signifie juste que pour faire payer le populo, il
ne faudra pas qu'il le ressente trop injustement, et qu'il faudra qu'il
ne soit pas le seul à payer. La rigueur juste, si on enlève le
verbiage, c'est juste la rigueur. D'ailleurs, les patrons n'ont pas à
s'inquiéter, au nom de la croissance, Hollande leur fera plein de
cadeau, surtout aux meilleurs d'entre eux : "nouvelle assiette pour les
cotisations sociales qui favorise la production et l’emploi et qui
dissuade la pollution et la consommation d’énergie" (comprendre que les
gentils patrons qui embauchent et ne polluent pas trop se verront
alléger leurs charges, en bref qu'on les exonérera d'une partie de
notre salaire), un "allègement d’impôt sur les sociétés sera consenti
aux entreprises qui investissent"... Les banquiers ne doivent pas
s'inquiéter, ils pourront continuer leur boulot de requins à condition
de ne pas le faire de manière trop ostensible (ne pas investir dans les
paradis fiscaux, que les marché aient un "rapport direct avec
l’économie réelle"... en fait Hollande veut mettre "un terme à
l'irrationalité des marchés", instaurer "de la régulation" et "la
transparence en matière financière"... ça ne vous rappelle pas un
certain président qui voulait "moraliser la finance" ?), il l'écrit en
toutes lettres, il y aura avec lui d'autres "intervention au chevet des
banques", à condition que l'Etat ait un droit de regard.... La finance
tremble... autant que les travailleurs ne sont rassurés, hélas.
Ceux qui font passer le paiement de la dette avant le principal.
Il y en a qui ne vont pas jusque faire porter le poids de la
dette presque entièrement sur les travailleurs mais qui, de par leur
ténacité à vouloir faire payer la dette, lèsent quand même plus ou
moins les classes populaires.
Dupont-Aignan : On connaît le caractère réactionnaire de
Dupont-Aignan, nul doute qu'il devrait en réalité figurer dans la
partie précédente. Sauf que je me base sur les programmes annoncés, et
que de sa part, il y a tellement rien que c'est dur d'affirmer sur
l'unique base de son programme qu'il fera payer la dette aux
travailleurs, même si on sait à quoi s'en tenir. Voilà donc les
quelques mesures qu'il propose : abrogation de la loi 73-7 (cf infra),
limiter les dépenses de l'Etat (bien que ce ne soit nul part mentionné,
on peut supposer que ce sont donc les services publics qui en prennent
un coup), politique nataliste (les utérus au service de la patrie ?),
limitation des niches fiscales et des réductions d'impôts (quelles
niches fiscales, quelles réductions d'impôts sont dans son collimateur,
on ne le sait pas, dur donc de dire sur qui pèseront ces mesures).
Comme notre Dupont préféré fait de l'abrogation de la loi 73-7 une de
ses mesures phares et qu'on retrouve cette mesure chez MLP et une
variante chez JLM, je vais en profiter pour dire quelques mots sur
cette mesure. La loi 73-7, dite loi Giscard-Pompidou, est celle qui a
interdit à la France d'emprunter à sa banque centrale (la Banque
de France) à des taux faibles, obligeant l'Etat à avoir recours à
l'emprunt privé, beaucoup plus onéreux. Cette loi, qui a depuis été
reprise à l'échelle européenne dans les traités de Maastricht et de
Lisbonne, est à l'évidence une loi réactionnaire, qui a eu pour
conséquence un formidable cadeau aux requins de la Finance
(des centaines de Md d'€ d'intérêts) et l'explosion de la dette (entre
1979 et 2009, la France a payé 1340 Md d'€ d'intérêts sur la dette
alors que dans le même temps, la dette n'a augmenté que de 1250 Md d'€,
sans intérêts, nous aurions donc été bénéficiaire,
voir graphiques ici).
Sans
doute abroger cette loi et avoir recours à l'emprunt public à
faible taux (banque de France ou BCE) ne serait pas une mauvaise chose
(contrairement à ce que les libéraux affirment, ça ne créerait pas
d'inflation car les banques centrales font déjà tourner la planche à
billets pour les établissements privés qui prêtent à l'Etat, ça ne
changerait donc rien). Mais, en fait, contrairement à ce qu'on lit
régulièrement sur la toile, la loi 73-7 est loin d'être la seule
responsable de l'explosion des intérêts. D'ailleurs, si on excepte
l'emprunt Giscard de 73 (cet emprunt de 7.5 Md de francs à un taux déjà
très fort de 7%, était indexé sur l'or dont la valeur par rapport au
franc a tant augmenté que ce sont en tout 90Md de francs qui ont été
remboursés), les taux ont réellement explosé à partir de 1984 et la loi
bancaire de Bérégovoy en application de la théorie des 3D:
Déréglementation, Désintermédiation, Décloisonnement. C'est en fait tous
le système bancaire et le fonctionnement des marchés qui a été modifié,
pour autant, on ne peut pas revenir à avant 84 ou 73 comme si rien ne
s'était passé depuis, les données socio-économiques ne sont plus les
mêmes et le capitalisme ne peut pas revenir en arrière. Qui plus est
cette mesure ne serait pas une
solution au problème actuel de la dette. D'une part, chez Dupont-Aignan
ou Le Pen, il s'agit plus d'un repli nationaliste que d'autres choses,
surtout, il n'empêche qu'on se retrouve toujours à devoir payer les
1650 Md d'euros déjà dus illégitimement aux banquiers. Certes, si on
emprunte la somme à la banque centrale pour les rembourser d'un coup,
cette somme ne flambera plus du fait des intérêts exorbitants, mais il
faudra quand même la sortir, et cet argent, c'est autant d'argent qu'on
ne mettra pas ailleurs (pour les services publics, les traitements des
fonctionnaires…). Enfin, comme pour dupont-gnangnan ou MLP,
cette mesure ne s'accompagne pas de mesures empêchant l'endettement
structurel, ça n'empêchera pas de continuer à s'endetter (certes à taux
plus faible) et de faire planer cette menace sur la population.
Eva Joly : EE-LV, encore plus que les verts, est pour
moi un OVNI. Ça va du pire (des positionnements qui ne les
différencient pas du Modem et les situent à droite) à du moins pire,
presque dans l'intérêt des travailleurs (par exemple sur le temps de
travail). Ici, ce serait plutôt alléchant ; pour payer la dette, Joly
propose d'économiser sur "la pollution", "les paradis fiscaux", "les
riches", "les grandes entreprises" dans le cadre de son new deal
écologique et social. On aurait tendance à être d'accord sur qui il
faut ponctionner (même si il y a de grosses réserves à émettre sur sa
taxation écologique dont rien n'indique si elle taxera les patrons,
véritables pollueurs, ou tout le monde dont les prolos qui ont le
malheur d'essayer de consommer ce qu'on leur offre). C'est le chiffrage
qui fait apparaître la première grosse lacune de ce programme, selon sa
projection budgétaire, 43% des dépenses serviraient à payer la dette
(comprendre "irait dans la poche des banquiers et de la finance")
contre 57% qui irait dans son new-deal écologique et social
(c'est-à-dire l'éducation, la santé, la culture, le social, les
énergies propres, bref tout quoi) ce qui me ferait un rien mal à la
gueule ! On voit donc ici combien payer la dette, quelques soient les
moyens mis en œuvre, se fait au détriment de dépenses socialement et
écologiquement utiles. Autre chose de choquant concernant la dette, Eva
Joly prône l'émission d'euro-bonds. Les euro-bonds (euro-obligations en
Français) peuvent paraître d'inspiration progressiste, il s'agit de
mutualiser la dette des États, en bons européens à taux unique (ainsi
au lieu d'avoir un taux de 7% pour l'Italie et de 2% pour l'Allemagne,
on n'aurait un taux de 5% pour tout le monde). Sauf qu'on sait bien ce
qui se passerait, ce n'est pas la pression sur les travailleurs des
pays type Grèce et Italie qui diminuerait, ces euro-bonds serviraient
de prétexte à imposer encore plus vite l'austérité dans les pays
européens où les taux restaient bas. Ce n'est pas pour rien que l'idée
d'obligations européennes est notamment défendue par les conservateurs
libéraux J-C. Juncker (président de l'eurogroupe), G. Osborne (ministre
des finances britannique), ou, en France, Copé et Parisot !
Jean-Luc Mélenchon : Le leader du front de gauche
dénonce ce qu'il appelle l'enfumage de la dette. Quant aux causes de la
dette, il ne tombe pas dans le panneau libéral qui tente d'imputer la
dette à un problème de dépenses (
Voir 2ème § de ce précédent article)
et propose pour payer la dette d'augmenter les recettes en taxant les
gros revenus, le patrimoine et les capitaux, en rehaussant l'ISF et
l'impôt sur les sociétés. Mélenchon est pour le paiement de la dette en
empruntant la somme nécessaire à la BCE, outre l'impasse déjà citée de
vouloir payer la dette, ses propositions, bien que tentantes, ne sont
pas tenables ni opérantes. Il affirme pouvoir résoudre la crise de la
dette (et au delà, celle du capitalisme) en relançant la consommation.
Pour cela, il propose de prendre sur les profits pour redonner aux
travailleurs, afin qu'ils puissent consommer plus. Je l'ai dit la
solution serait tentante... si elle était viable. Son analyse, répandue
au sein de la gauche réformiste et même au-delà, part du principe qu'on
connaîtrait actuellement une crise du capitalisme liée à un problème de
sous-consommation (les populations n'auraient plus les moyens de
consommer assez pour faire vivre le capitalisme). Or, c'est là un
contre-sens économique total, le meilleur article pour expliquer la
différence entre une hypothétique crise de sous-consommation et la
crise de sur-accumulation que nous connaissons actuellement reste pour
moi celui de Louis Gill (
ici en pdf),
bien qu'il ait plus de deux ans maintenant, il est parfaitement actuel.
La vérité, c'est que les capitalistes n'ont absolument pas les moyens
de telles mesures, la crise actuelle vient d'une compression de leur
taux de profit et leur seul moyen de faire perdurer leur système (et
donc de préserver, du moins provisoirement, leurs intérêts) réside en
une augmentation du taux d'exploitation (ce qu'ils font par le biais de
toutes les contre-réformes à l'œuvre, remplacement d'une partie du
salaire par de la TVA, attaques sur le temps de travail, les baisses de
salaire, les retraites...). N'en déplaise au Front-de-Gauche, il n'y a
pas de possibilité de relancer le système capitaliste, ce système ne
permet pas de servir à la fois les classes populaires et les patrons.
ceux qui ne tranchent pas sur le paiement.
Nathalie Arthaud : On ne peut pas accuser Lutte Ouvrière
de vouloir faire payer la dette aux travailleurs, au contraire,
l'organisation trotskyste le répète à l'envie, les affiches de campagne
clament : "les travailleurs n'ont pas à payer la crise du capitalisme".
On ne peut pas non plus accuser LO de vouloir payer la dette autrement,
en augmentant les recettes et prenant sur les profits comme le disent
le Front de Gauche ou EE-LV, pas un mot en ce sens. Simplement, on ne
trouvera pas non plus l'inverse. Dans son communiqué du 7 décembre 2011
ou son billet du 17 septembre 2011 (sur son blog), la candidate
rappelle que les travailleurs doivent refuser les mesures d'austérité
visant à leur faire payer la crise dont ils ne sont pas responsables,
mais ne dit pas que cette dette est illégitime et ne doit pas être
payée. Elle estime, à raison, que "aux exploités nous avons à dire
qu’ils ne peuvent rien pour empêcher les crises, sauf à supprimer
le capitalisme" et en conclu qu'ils n'ont "pas à se passionner
derrière les solutions des uns ou des autres", que leur problème
"n’est pas de savoir laquelle des décisions de la bourgeoisie
permettra d’éviter la débâcle, aucune ne l’évitera". C'est
parfaitement vrai, la dette a été contractée par la bourgeoisie, au
près de la bourgeoisie, dans l'intérêt de la bourgeoisie, la crise est
le fruit des contradictions du système capitaliste et ne pourra pas
être réglée dans le cadre de ce système. Pour autant, affirmer que les
exploités n'ont pas à s'en soucier revient à les cantonner dans une
attitude purement défensive ("ils doivent se battre pour se protéger
des conséquences pour eux de la crise, pour protéger leur emploi,
leur pouvoir d’achat") en attendant le jour où il seront en mesure de
renverser le capitalisme. Cette attitude, ne les insère pas dans un
rapport au pouvoir, ne les amène pas à poser la question du système en
place, n'introduit pas une remise en question du capitalisme par les
exploités et donc à approcher la seule solution qui pourrait régler
leurs problèmes à long terme, la méthode de LO les condamne à devoir se
défendre indéfiniment jusqu'à ce que survienne un hypothétique grand
soir.
Tenir tous les bouts !
Philippe Poutou : Comme
Lutte Ouvrière, le Nouveau Parti Anticapitaliste estime que le
principal enjeu est d'éviter à tout prix que ce soient les classes
laborieuses qui payent (l'affiche de ce candidat proclame, elle : "nous
ne devons rien aux banques et aux actionnaires, on ne paiera pas leur
dette !).De même, le NPA ne pense pas qu'on pourra
résoudre le problème de la dette dans le cadre du capitalisme (dès 1867
et la parution du capital, Marx expliquait combien la dette publique et
le capitalisme sont indissociable. Voir le chapitre concerné, commenté
par Éric Toussaint
sur le site du CADTM).
Pour autant, le NPA estime qu'il y a nécessité à ne pas laisser les
travailleurs désarmés face à l'offensive géante de la bourgeoisie pour
laquelle la dette sert de prétexte. En plus d'exhorter les travailleurs
à se défendre pour refuser qu'on leur fasse payer la crise, Philippe
Poutou tient également à déconstruire le discours majoritaire qui tend
à faire croire que ce sont les dépenses sociales au service des
exploités qui seraient responsables de la crise. Effectivement, il
n'est pas réaliste de proposer aux travailleurs d'entreprendre des
luttes d'ampleur contre les attaques dont ils sont victimes tant qu'ils
sont encore partiellement convaincus que la dette est liée à un
excédent de dépenses et non à un déficit de recettes comme c'est le cas
et qu'il serait donc normal de casser leurs droits pour résorber la
dette, expliquer d'où vient la dette est donc pour le NPA un moyen de
donner conscience de leur légitimité à se battre aux exploités.
Pas question non plus pour le NPA de laisser planer le doute sur la
non-pertinence de prendre sur les profits (augmenter les recettes) pour
payer la dette ; chaque centime de pris sur les profits, d'arraché au
capital, doit être rendu aux travailleurs, que ce soit sous la forme de
salaire direct ou indirect, de service public... et non pas être donné
aux banquiers sous la forme de paiement des intérêts ou de
remboursement du capital. Expliquer que la dette est illégitime car
elle n'a pas été contractée dans l'intérêt général mais dans l'intérêt
d'une minorité de patrons et de nantis (sous forme d'exonérations et de
baisses d'impôts) et de banquiers (sous forme d'intérêts), présente
donc le double intérêt de légitimer les luttes défensives et de
légitimer une lutte offensive d'ampleur pour l'annulation pure et
simple de cette dette odieuse, pour l'affectation des sommes qui y sont
réservées vers les besoins sociaux, les services publics...Philippe
Poutou est le seul candidat à prôner l'annulation de la dette. Il
n'essaye pas pour autant de berner la population en faisant croire que
l'annulation de la dette ou la répartition des richesses peuvent se
faire dans le cadre du système capitaliste (il dit et répète la
nécessité de renverser le système capitaliste à longueur d'interview et
de communiqués de presse). Au contraire, l'annulation de la dette ne
peut évidemment se faire tout en gardant le système qui la génère qui
en vit, l'annulation de la dette sert ainsi de mesure transitoire vers
la sortie du capitalisme. Le NPA dit qu'il faut annuler la dette, que
ça implique que les banques soient expropriées et placées sous le
contrôle de la population (ce qui est contraire aux bases mêmes du
système dans lequel les producteurs se voient confisquer et la
propriété et le contrôle des richesses qu'ils produisent). Plutôt que
de proposer d'attendre en se défendant, Philippe Poutou propose
d'attaquer en étudiant la dette, ses causes et effets afin de la
répudier, de s'en servir pour remettre en question la propriété privée
et le contrôle privé des banques et des finances, c'est la seule
attitude révolutionnaire !